Avec des pincettes

Pincettes

31 mars 2007

L'absence dort la nuit entre les immeubles

Encore une fois, oui, cela fait longtemps. Mais je ne sais plus expulser ce qu'il y a en moi. Les petites bestioles s'étiolent par le bas. Mais toujours est-il qu'on l'a plutôt mal pris. Pas ma faute si on me décortique pour s'immiscer dans mes mots et deviner ce que je ne dis pas. Je ne le dis pas. Je ne le dis pas. Je ne le dis pas. Alors n'imaginez pas.

Les vacances. Sur fond de neige fondue. Est-ce que ça manquera ? Je ne le sais. Pas encore. Comment ça sera quand je me retrouverai dans cette chambre que je ne connais pas, dans une ville inconnue, face à des murs blancs que je ne décorerai pas, entourée de vide. Je ne sais pas. Peut-être est-ce bien aussi. En tout cas, ça, je l'imagine. J'en ai le droit. Recommencer à zéro. Laisser Grenoble comme j'ai laissé Clermont-Ferrand. Entrer dans Rennes comme je suis entrée précédemment dans d'autres villes inconnues. Passer par le cinéma, se perdre dans des rues, le walkman à fond, les yeux cachés. Ne me regardez pas puisque je n'ai pas de temps à vous consacrer. Je n'y resterai pas non plus. J'en ai pas l'intention. Je veux bouger.

Retrouver mes anciens amours. Sarah Kane et Bernard-Marie Koltès. Trouver que Kane est toujours aussi bouleversante. Toujours aussi moi parfois. Toujours à rechercher ses mots. Toujours à la détester de les avoir écrit avant moi. Toujours à l'admirer d'avoir osé les dire. Les penser, ces mots, c'est une chose. Mais les écrire ?

Dernier atelier d'écriture mardi dernier. Encore fait sensation, sans me vanter. Mais je bouillonnais. Je n'évolue plus. Je fais du surplace dans mon écriture. Ca me fragilise d'entendre crisser mon stylo sur les mêmes syllabes assemblées ensembles pour donner des phrases ayant le même goût glauque.

Alors j'oublie. Trois semaines de vacances à profiter de me retrouver pleinement avec moi-même. Le reste on verra. Je prends, j'analyse après. Je ne sais si je suis prête. Je ne sais si on l'est pour moi. Alors je regarde. Et j'attends. Mais pas longtemps cette fois. Je ne laisserai pas faire ça encore une fois. On verra.

Pour finir, extrait de la pièce de Sarah Kane Crave (Manque en français)

[...]
C - Mon vrai manque c'est le blanc sur noir et blanc, mais j'ai des pensées qui défilent en technicolor et ça m'incite au réveil, et mon cocon d'invisibilité disparaît à chaque fois qu'il doit m'emmitoufler dans la chaleur du rien.
[...]
A - Et je tremble, sanglote au souvenir du temps où elle m'aimait, avant que je ne devienne son tortionnaire, avant qu'en moi il n'y ait plus place pour elle, avant que nous ne nous comprenions plus, il s'agit à vrai dire de l'instant même où la première fois je l'ai vue, les yeux souriants et remplis de soleil, et je frissonne de regret d'avoir perdu cet instant-là, depuis à tout jamais je tombe en chute libre.
[...]
C - Ca c'est moi. Tout dans le va-et-vient. Jamais tranquille, jamais un truc ou un autre, toujours à passer d'un extrême à l'extrême opposé.
B - C'est doux.
A - Touche touche.
B - Putain c'est tellement doux.
M - Enregistrement.
C - Où est passée ma personnalité ?
A - Je suis trop vieux pour ça.
M - Je ne pourrais t'aimer moins.
B - Ne pourrais t'aimer plus.
[... ]
A - Nous avons été un peu tout.
B - Il y a eu un déclic.
M - Mais jamais je ne dirais que nous avons un jour été amoureux.
B - Je l'ai trouvée
A - L'ai aimée
C - L'ai perdue
M - Fin

~ Oreille ~ Break it up ~ Patti Smith

LOZ05050510

(pix Nouche Jouglet-Marcus dans une adaptation de 4h48 Psychosis de... Sarah Kane !)

Posté par Pincettes à 01:35 - Nuit - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Et voila. Jolie nuit, c superbe comme toujours, j'aime, j'aimerai un jour faire un atelier d'écriture avec toi, en attendant te souhaite de bien découvrir Rennes, qui, paraît-il, est une ville sympathique, avec des gens qui bougent!

Posté par querelle, 02 avril 2007 à 22:02

Tu dois être installée entre ces murs blancs et qui le resteront.

Tes mots résonnent en moi, comme un écho... Ce sur place, ce manque de mots, ou plutôt toujours les mêmes qui viennent sous la plume. Cette envie d'aller de l'avant.

Pouvoir tout quitter, alors que l'on ne quitte que ce qui est extérieur... Même les gens on ne les quitte pas vraiment... Puisqu'il reste les souvenirs, les regrets, le remords parfois, l'amertume, la désillusion...

Attendre... et parfois l'attente est meilleure, malgré la douleur d'attendre. Et lorsque le on, une fois prêt nous ne le sommes plus vraiment. Et parfois le on est à prendre avec tout ce dont on ne voudrais pas... Alors le choix est difficile... Et on se surprend à attendre toujours... Mais autre chose, ou autrement...

Comme tu dis... On verra... Sauf que l'avenir ne nous appartiens pas... Seul le présent nous appartient... Même pas le passé... Il ne nous appartient plus... Il reste en nous, comme ça, sans qu'on sache trop quoi en faire... Le garder ? L'enfouire ? Le dorer ?

Bises affectueuses

Posté par Erin, 10 avril 2007 à 14:37

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